R e v u e  d e  p r e s s e

• Les paysans mettent la
  main sur Andy Warhol

• Le "Pop Art Rural" façon
  Nizon !

• La belle aventure des
  peintres de Nizon :
  "Hangar't" par Yves
  Quentel

• Hangar't ou la mémoire
  de Nizon en couleur

• Les pinceaux pas sots
  de Nizon

• A Nizon, chevaux rime
  avec tableaux

• Nizon plonge dans
  le pot de peinture

     

"Ouest-France" de mai 1992

Nizon plonge dans le pot de peinture

Depuis quelques semaines, le petit bourg de Nizon, situé à une portée de pinceau de Pont-Aven, renoue avec le pop’art. Une expérience unique, menée dans le cadre du Mai des Avens, qui tient à la fois de l’art populaire et de l’expression spontanée.


Les débuts à l'ancienne conserverie Lomenec'h, 1992. Quelques pionniers du Hangar't installés parmi les gravats de l'usine désaffectée.

QUIMPERLÉ - Le lieu est singulier. Par terre, traînent de vieilles boîtes, en tas impressionnants, vestiges rouillées de l’époque où l’usine Lomenec’h mettait du boudin noir en conserve. Dans un coin, une carcasse d’auto. Aux poutres, des toiles. D’araignées… Depuis quelques semaines, le hangar désaffecté - mais non désinfecté- revit. Les habitants de Nizon, pot de peinture à la main, ont investi l’endroit. Il y a là, plusieurs agriculteurs, retraités comme Aristide, ou en activité comme Hippolyte et Odile, sa femme. Jusqu’à la semaine dernière, ils étaient peintre-tôlier, barman, crêpière, charcutier, bûcheron, ébéniste ou retraité de la Royale. Aujourd’hui, ils sont artistes.

“ Hangar’t ”

“ Ils ont retrouvé de vieilles photos de famille sous l’escalier et ils en font des peintures. ” A l’acrylique, sur des panneaux de contre-plaqué. Leur technique se rapproche de celle du pop’art des années soixante. Par référence, ils ont appelé leur curieux atelier “ Hangar’t ”.
“ Mais les artistes du “ Hangar’t ” se moquent pas mal des étiquettes. C’est tellement vrai que la puplart d’entre eux ont découvert Andy Warhol au mois d’avril… Juste le temps de se mettre aux pinceaux. ” Yves Quentel, celui qui a lancé l’école picturale nizonnaise, jubile derrière ces petites lunettes rondes. C’est un véritable art naïf, aussi populaire que spontané, qui se dessine dans l’usine de Lomenec’h. Et qui va couler tout autour, quand ils vont accrocher leurs œuvres dans tous les commerces du bourg.


Hélène et Aristide Le Doeuff posent devant le tableau Couple d'agriculteurs, 1996.

De la patience

Entre l’“ autoportrait ” d’Aristide tenant un petit cochon dans ses bras, et Césari d’Jo, le saxophoniste qui a fait valser tout le canton dans les sixties, on aura le choix. L’inspiration est rurale. Et colorée.
“ On est devenu tout d’un coup des artistes ”, dit l’un. “ Ce qu’il faut, c’est de la patience ”, ajoute sa voisine qui s’est appliquée à suivre méticuleusement les lignes avec une brosse fine. “ On m’aurait dit le mois dernier que j’aurais réussi à faire un tableau, avoue un modeste, j’aurais pas cru, car je ne suis pas doué pour ça ”. Et pourtant, le sien aussi a été exposé dans le cadre du Mai des Avens qui s’est achevé hier.
“ Pour moi, c’est une distraction, comme celui qui fait une cathédrale avec des allumettes ”, confie une autre. Raymond, lapidaire, résume : “ Faut pas être artiste pour faire de l’art, mais faut être paysan pour faire des cochons ”. Tiens, donc.

Derrière cette opération, il faut peut-être voir aussi un petit pied-de-nez à Pont-Aven. Car on est à une centaine de mètres du Saint-Paul-de-Vence breton, mondialement connu depuis Gauguin et Sérusier. “ Mais attention, ici, c’est Nizon, c’est pas Pont-Aven. ” Nuance. Faut pas s’emmêler les pinceaux. Il y a pourtant bien quarante ans que le petit bourg de Nizon a été absorbé par la cité des moulins. Une fusion manifestement pas encore tout a fait digérée.

 

Gildas LE BOZEC.

 

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