R e v u e  d e  p r e s s e

• Les paysans mettent la
  main sur Andy Warhol

• Le "Pop Art Rural" façon
  Nizon !

• La belle aventure des
  peintres de Nizon :
  "Hangar't" par Yves
  Quentel

• Hangar't ou la mémoire
  de Nizon en couleur

• Les pinceaux pas sots
  de Nizon

• A Nizon, chevaux rime
  avec tableaux

• Nizon plonge dans
  le pot de peinture

     

"Ouest-France" du 25 septembre 1998

Hangar't ou la mémoire de Nizon en couleur

Au pays de Xavier Grall, dans le petit bourg rural de Nizon quelque peu oublié aux côtés de Pont-Aven, les habitants vivent une aventure conviviale en peinture grâce au Hangar't. Sur leurs tableaux : leur mère, leur grand-père ou leurs amis.

D'Andy Warhol à Nizon, il y a l'immensité de l'Atlantique... et le Hangar't. Bouchère, agriculteur, menuisier, crêpière ou retraités : une quinzaine d'habitants de Nizon, petite commune rurale de 300 âmes rattachée à Pont-Aven, ont pris un jour le pinceau pour réécrire leur mémoire.

L'aventure a commencé en 1992. Dans le cadre d'un concours d'art contemporain pour promouvoir le milieu rural, Yves Quentel, dit “ Pop's ”, Nizonnais d'adoption, entreprend de réaliser un travail sur la mémoire du bourg à partir de documents anciens. Ce journaliste à Radio France Armorique, ancien assistant du photographe Michel Thersiquel, sollicite les habitants. “ Pour transmettre la mémoire et la faire revivre en couleurs ”. Une quinzaine de personnes se prêtent au jeu.


Vernissage à la conserverie, 1992. Sur le sol de l'ancienne usine Lomenec'h, des dizaines et des dizaines de boîtes de conserve, vestiges oubliés. La première expo du Hangar't est inaugurée et le peintre André Even est venu rejoindre Yves Quentel ; les boîtes commencent à voltiger...

En référence à Andy Warhol qui avait imaginé la “ Factory ” (l'usine) comme lieu de création, les Nizonnais mettent en place l'association du Hangar't dans une usine désaffectée de conserves de poissons, qui fut détruite en 1993. Ils occupent désormais l'ancienne salle de bal.

A la manière du Pop Art, ils utilisent la photo comme support artistique. Précédemment travaillée à la photocopieuse pour en dégager les contrastes, celle-ci devient diapositive projetée sur du contreplaqué. “ Ensuite, on fait du coloriage. Nous ne sommes pas des artistes ”, relativise Marie-Josée Le Tallec, secrétaire du Hangar't. Mais quelle patience et quel soin à en retracer tous les détails !

Une reine de Nizon, une scène de battage à l'ancienne ou de tire à la corde : tous les sujets sont extraits des collections particulières des Nizonnais. “ Les tableaux ont toujours un lien avec la mémoire. Dans le choix du sujet, il y a aussi du sentiment ”. La “Maryline” du Hangar’t est la grand-mère de Noël Daniélou, dénommé “ Cousin ”. Lui-même montre avec plaisir son portrait qui trône sur la cheminée du bar.

Les couleurs pètent, éclatent, jurent, choquent. Mais c'est exprès. C'est du Pop art. “ Tout le monde n'aime pas. Mais le sujet déclenche les conversations ”. Les habitants de Nizon se sont habitués.


René et Babette Le Noc, dans leur boucherie-charcuterie du bourg de Nizon. Au fond, le tableau "Talbury, le taureau de Saint-Maudé", 1995. Acrylique sur contre-plaqué.

Les tableaux ne sont pas à vendre, ne sont pas signés, et ne sont pas non plus exposés dans un musée. Non ! Ils existent “ pour animer Nizon ”. Aussi, pour les voir, faut-il faire le tour des commerces du bourg. Dans la salle de la boucherie-charcuterie-bar-restaurant de Babette Le Noc, une dizaine de toiles cohabitent ainsi aux côtés du traditionnel buffet breton et du renard empaillé.

Le Hangar't a su gagner les faveurs de la presse audiovisuelle, dont l'émission télévisée “ Faut pas rêver ”. Une surprise pour les Nizonais, qui apprécient toutefois les retombées positives de ce succès. “ Une nouvelle clientèle vient nous voir. Les affaires sont relancées ”,
commente Pierrette Le Gall,
de la boulangerie-épicerie-bar-tabac. L'association compte aujourd'hui une cinquantaine d'adhérents. Et un lien social est renoué entre les habitants. Comme le déclare joliment Babette Le Noc : “ Les gens se sont retrouvés ”.

 

Laurence GUILMO.

 

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