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Les
paysans mettent la Le "Pop Art Rural"
façon La belle aventure des Hangar't ou la mémoire Les pinceaux pas sots A Nizon, chevaux rime Nizon plonge dans
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"Ouest-France" du 28 décembre 1999 Les paysans mettent la main sur Andy Warhol Depuis 1992, dans ce bourg tranquille du Sud-Finistère, on peut voir des vaches bleues, un cheval mauve, des moissons qui passent par toutes les couleurs et une stupéfiante galerie de portraits dont une Mamm-Gozh en coiffe (1) rebaptisée la " Marilyn de Nizon ". Fufu, dit " Le patron ", en a tapissé les murs de son bistrot. René et Babette les exposent entre jarrets et entrecôtes dans leur boucherie-charcuterie.
Huit ans déjà que la
paroisse de Nizon, commune de Pont-Aven, s'éclate joyeusement sur les chemins d'un
Pop'Art rural décoiffant. Et titille de sa vigueur la voisine pont-aveniste, dopée par
une couverture médiatique de premier choix. En préface au livre qu'Yves Quentel vient de
consacrer à cette aventure, notre confrère Paul Burel note: " Nizon
(est) une perle rare de village un peu schizophrène, à l'ego parfois à fleur de peau.
Dépossédée de son statut de commune, la "paroisse" vit ombrageusement son
mariage de raison avec Pont-Aven, la "capitale" nombriliste et mercantile qui a
raflé et bradé sans vergogne l'héritage de Gauguin, en se reconvertissant furieusement
à l'art de consommation courante. " En d'autres temps, l'écrivain
Xavier Grall, qui s'y était installé après avoir fui Paris, s'enflammait : " Je
nizonne, je m'inscris dans une civilisation vivante, succulente, truculente,
immanente. "
Le Hangar't ne pouvait pousser que sur ce terreau. Encore fallait-il trouver un bon jardinier. Ce sera Yves Quentel, dit Pop's, photographe, journaliste, artiste surtout. Ce lutin vibrionnant a une idée simple et du culot : traiter à la façon du peintre américain Andy Warhol des clichés photographiques dénichés au fond des buffets de la campagne nizonnaise. L'engouement est quasi immédiat. Paysans, commerçants, retraités, lycéens embarquent allègrement dans l'aventure. Les voilà dans une usine désaffectée plongeant mains et pinceaux dans la gouache et l'acrylique pour repeindre sur du contreplaqué les clichés de temps parfois anciens. " Une jubilation ludique, créative et collective. Un formidable levain de convivialité et de solidarité entre les générations ", souligne Paul Burel. Au Hangar't, la mémoire vire le sépia. Elle est vive, colorée, pétante. Toute l'histoire du bourg, petite ou grande, lointaine ou immédiate, passera au travers de ce prisme. L'effet est saisissant. " Nous n'avons, certes, rien inventé, écrit Yves Quentel. La trouvaille aura été simplement de faire fonctionner tout cela en milieu rural, à mille années-lumière de l'univers warholien. Là où, à ce qu'on prétend, les choses vont moins vite qu'ailleurs. Là où, paraît-il, les idées neuves ont du mal à pénétrer, où les clichés ont la vie dure. Les peintres-paysans de Nizon viennent de prouver le contraire. " Mais attention, prudence et sagesse : jamais ils n'ont cédé aux sirènes du pognon, contrairement à l'artiste new-yorkais. Pas un des tableaux (il y en a des dizaines sous la signature collective du Hang'art) n'a été mis en vente, c'est un principe. Pour l'heure, ils cogitent sur la manière de célébrer l'an 2000. Pop's avance quelques pistes. Accoudé au zinc de pierre de Fufu, il n'en dira pas plus. Mais ça trotte dans la tête!
Marc PENNEC. (1) " Hangar't, la belle aventure des Peintres de Nizon ", de Yves Quentel, préface de Paul Burel. Editions Coop Breizh, 93 pages, 136 F. (2) Mamm gozh : en breton, grand-mère.
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